Michael Gonin : "La générosité est un acte de justice"

La notion de générosité va beaucoup plus loin que le don matériel, selon Michaël Gonin, doyen et professeur d’éthique à la HET-PRO.

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HET - PRO
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29 janvier 2024
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Donner, Vivre

Être généreux et faire don aux autres de notre superflu peut être une valeur que nous nous efforçons de mettre en pratique. Mais la notion de générosité va beaucoup plus loin que le don matériel, selon Michaël Gonin, doyen et professeur d’éthique à la HET-PRO. Interview.  

 

Vous dites que la générosité est un acte de justice. Pourquoi ?
Parce que très souvent, dans la Bible, l’aide aux pauvres est liée à une notion de justice, et pas uniquement à la compassion. Le but de Dieu est que nous vivions la solidarité pour corriger les injustices. Dans ce sens, elle touche directement à la justice. 

 

Si nous devons “corriger” des injustices, n’est-ce pas alors la culpabilité qui nous motive ?
Si je réduis la générosité à une action, je pourrais me demander « combien je dois » à l’autre… Mais si je considère la générosité avant tout comme le reflet de celle de Dieu, et donc comme un état d’esprit, je change de registre. La générosité devient un des moyens à ma disposition pour corriger des dysfonctionnements, et exprimer mon appartenance à une communauté humaine envers laquelle j’ai des responsabilités. Il n’est pas question de nommer un coupable, mais d’assumer ma responsabilité et la solidarité envers un prochain dans le besoin.  

 

En quoi cela diffère-t-il de la charité ?
La charité implique parfois une condescendance où je donne en me considérant au-dessus de l’autre. Peut-être que la différence réside dans la question suivante : est-ce que je considère l’autre comme faisant partie de la même communauté humaine que moi, ou comme quelqu’un d’externe à ma réalité ? La générosité de cœur implique aussi de réintégrer le mis-à-l’écart dans ma communauté.  

 

Michaël Gonin est l’invité de notre deuxième soirée ZOOM organisée dans le cadre du cours Just People, le 20 mars 2024 à 20h15. Cette soirée sera consacrée à la thématique de la justice dans la Bible.

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Face à l’individualisme ambiant, la générosité est-elle en voie de disparition ?
Le défi aujourd’hui est que l’épanouissement doit avant tout être personnel. Or il peut aussi passer par le plaisir de voir le reste de ma communauté s’épanouir. L’idée de s’épanouir en donnant paraît souvent absurde, car on a l’impression de perdre quelque chose. Or, si je me considère comme un gérant de ce que je possède, alors je m’épanouis en donnant, chaque fois que ce don représente la meilleure manière de gérer ce qui m’est confié.  

 

Comment vivre cette générosité ?
Il y a des manières infinies de la vivre, mais toutes partent d’une attitude. En étant généreux, je donne un bout de moi-même et non seulement de ce que j’ai. Il y a décentrement de soi. Paradoxalement, c’est au moment où je ne me considère plus moi seul, mais comme une personne inscrite dans une communauté qui me dépasse et qui m’inclut, que je peux m’épanouir. C’est là que la générosité revêt une dimension de justice intégrée à des relations, de correction des injustices que le système ou les malheurs de la vie peuvent infliger à d’autres, envers lesquelles je choisis d’être solidaire. La gratuité de la générosité prend alors son sens : je donne sans arrière-pensée, je n’attends ni la reconnaissance, ni la réciprocité, mais regarde à l’autre tel que mon prochain dans le besoin. Dans cette communion, je ne donne pas pour me racheter une bonne conscience : c’est peut-être la clé pour éviter la culpabilité. 

 

Cela ne peut-il pas mener à l’épuisement ?
Le risque d’épuisement existe quand je donne ce que je n’ai pas. A l’image des disciples qui disent « Je n’ai pas d’argent mais ce que j’ai, je te le donne… », je ne peux donner que ce que j’ai. Mais j’ai souvent davantage que ce que je pense et, comme les disciples, je peux peut-être donner quelque chose d’un autre registre. Dans certaines circonstances, faire remarquer à l’autre qu’il abuse de ma bonté est aussi une forme de générosité.

  

Propos recueillis par Joëlle Misson-Tille 

 

Cet article se trouve dans le dernier magazine de StopPauvreté “Vivre pleinement avec moins”

Vous pouvez le commander gratuitement, pour vous et vos proches.

 

  

 

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