L’importance de la religion dans la coopération au développement

La religion a longtemps été un sujet tabou dans la coopération au développement, la faute à une société occidentale sécularisée convaincue de sa supériorité. Aujourd’hui néanmoins, l’importance de la prise en compte du facteur religieux dans les communautés bénéficiaires est largement admise, même si le sujet reste sensible.

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21 août 2023
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Les réalités inhérentes aux cultures religieuses ont été largement exclues de la coopération au développement jusqu’à la fin du 20ème siècle. C’est le constat duquel partait un colloque organisé en 2010 par le Département du développement et de la coopération (DDC), consacré au potentiel et aux risques que représentaient les facteurs religieux dans ce domaine. La raison à cela : une vision occidentale, rationnelle et sécularisée de la société qui considère les croyances spirituelles et religieuses comme causes d’un retard technologique et intellectuel.

 

Le religieux: un sujet sensible, mais essentiel
Aujourd’hui « le sujet reste sensible, bien que la communauté internationale reconnaisse de plus en plus l’importance de la prise en compte de la religion pour la coopération au développement et la transformation des conflits », affirme Pierre-Alain Eltschinger, porte-parole du Département des affaires étrangères (DFAE). Puisque la religion et les croyances font partie intégrante d’un contexte socioculturel, elle influence les modes de vie et les principes sociaux et politiques sur lesquels se fondent une communauté. Les traditions d’ordre religieux et spirituels d’une population doivent donc être intégrés à la réflexion sur les programmes d’aide au développement, et la collaboration avec les acteurs concernés favorisée, afin de maximiser les chances d’impact positif des projets pour les populations bénéficiaires.

 

L’acceptation de ces composantes culturelles trouve ses limites lorsque des convictions religieuses justifient des atteintes aux droits humains. Mais même dans ces situations, ignorer les croyances qui sous-tendent ces violations ne permettrait pas de remédier à la situation. Il est donc primordial de comprendre ce qui justifie, pour les bénéficiaires, ces pratiques contraires aux droits humains.

 

Avantages et défis des organisations basées sur la foi
Dans cette prise en compte, celles qu’on nomme les faith-based organisations (FBO), ou organisations basées sur la foi, ont-elles un rôle particulier à jouer ? Pour Benjamin Gasse, directeur général de l’ONG Morija, « disposer d’un personnel qui cultive une foi personnelle permet de mieux appréhender les façons de penser dans des contextes où la laïcité est très peu répandue et où le facteur religieux impacte toutes les sphères de la société.» La collaboration avec les acteurs locaux peut également s’en trouver facilitée : « Cela rassure les chefs religieux et peut être un levier important pour faciliter la mise en œuvre des projets et leur impact final. »

 

Cependant, « le défi pour les FBO est de ne pas exploiter l’aide d’urgence ou au développement afin d’obtenir la conversion religieuse des bénéficiaires », estime Christian Willi, directeur de l’ONG Compassion. Fort heureusement, de nombreuses FBO s’en prémunissent et insistent sur la pratique d’une aide sans discrimination et sans prosélytisme. A titre d’exemple, le code de conduite des organisations chrétiennes de développement (OCD) membres d’Interaction stipule que ces dernières « évitent toute forme d’abus d’autorité dans le domaine religieux » et que « tout usage d’une forme de contrainte ou de manipulation est exclu. »

 

Cet article est paru dans le magazine annuel 2022 de StopPauvreté “Un monde plus juste”. Si nos thématiques vous intéressent, vous pouvez le commander gratuitement ici, nous écrire, ou nous soutenir.

 

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