« Le contentement, c’est trouver satisfaction dans le bien que l’on fait à l’autre » 

Les valeurs de contentement, de suffisance et de générosité sont intrinsèques au message biblique. Mais comment les vivre concrètement, alors que notre nature humaine ne semble jamais satisfaite ? Le point avec Jean-René Moret, théologien et pasteur à l’Église évangélique FREE de Cologny (GE). 

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24 novembre 2023
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Vivre

Dans ses lettres, l’apôtre Paul enseigne au sujet du contentement. En quoi Jésus-Christ est-il un modèle de contentement ? 

Jésus-Christ est avant tout celui qui, étant riche, s’est fait pauvre : il vivait de toute éternité dans la félicité divine, mais est venu prendre part à nos difficultés, à nos souffrances et à nos manques, pour notre liberté et notre salut. Jésus a aussi jeûné pendant 40 jours dans le désert, et répondu au tentateur que l’Homme ne vivrait pas de pain seulement mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Il enseignait à ses disciples que sa nourriture était de faire la volonté de son Père. Il a démontré qu’accomplir sa mission sur Terre était plus satisfaisant que tout ce dont il aurait pu profiter. Pourtant, il était connu comme un homme qui faisait bonne chère et buvait du vin ; il ne s’est pas isolé de la vie humaine pour être plus spirituel. 

 

Nous sommes appelés à nous contenter de ce que nous avons. Mais n’est-ce pas dans la nature humaine d’aspirer au changement, à la nouveauté ? 

Dieu nous a placés dans ce monde pour le cultiver et le garder. Dans ce mandat donné à l’humanité, il y a une dimension de développement de la Création. En ce sens, découvrir et aller plus loin peut faire partie de la nature que Dieu nous a donnée. Mais on constate un aspect frénétique et malsain. Blaise Pascal, grand philosophe et mathématicien du 17e siècle, soulignait déjà cette fringale d’expérience et de divertissement. Pour lui, l’Homme cherche à combler le vide laissé dans son cœur par l’absence de Dieu, dont il s’est détourné. L’insatisfaction perpétuelle vient de ce que ce vide ne peut être rempli que par le Dieu infini et immuable, et que tout le reste ne donne que de faux espoirs de retrouver ce bonheur perdu. 

 

L’être humain ne semble jamais satisfait. Comment cette insatisfaction nous impacte-t-elle ? 

Cette insatisfaction conduit d’une part à demander à la planète plus que ce qu’elle ne peut donner. En tant que société, nous consommons largement plus que nécessaire, nous courons après la nouveauté dans les gadgets comme dans les expériences. Cela se traduit par l’émission de gaz à effets de serre qui menacent gravement l’équilibre climatique de la planète, mais aussi par la pollution de la terre, de l’air et de la mer et par la destruction des écosystèmes. Ces dégâts sont sources de danger, aujourd’hui déjà avec les sécheresses, canicules et incendies qui se multiplient, et pour les générations futures. D’autre part, notre style de vie occidental est alimenté par le travail bon marché de pays moins favorisés et par une exploitation des ressources naturelles dont les populations locales font les frais. Le regard sur la vie qui fait de la consommation et du tourisme la source du bonheur est terrible pour ceux qui n’ont pas les moyens d’entrer dans ce jeu. Mais il est aussi toxique pour ceux qui y entrent.  

 

« Notre insatisfaction conduit à demander à la planète plus que ce qu’elle ne peut donner. » 

 

Dans l’article “Les racines spirituelles de la crise climatique” (Le Courrier, nov. 2020), vous déplorez que les chrétiens n’aient pas été plus exemplaires dans le renoncement aux illusions commerciales. Comment mettre en pratique le contentement dans son quotidien ? 

Jésus place deux commandements au cœur de la vie chrétienne : aimer Dieu et aimer son prochain. Le contentement commence par tourner son regard vers Dieu, prendre le temps de le connaître, faire place à son amour dans nos cœurs et nos vies. Ensuite, il s’agit de mettre une priorité sur des relations humaines simples et saines ; passer du temps avec ses amis, sa famille, ses voisins ou en Église ne demande pas de grandes ressources, mais d’avoir l’esprit disponible et le cœur plein.  

La reconnaissance est aussi une attitude que la Bible recommande constamment. En remerciant Dieu pour ce que nous avons, pour nos relations et pour qui Il est, nous fortifions le muscle de la satisfaction. Nous faisons aussi de ce que nous possédons une nourriture pour notre amour de Dieu, plutôt qu’une concurrence. Quant aux biens matériels, il faut se demander s’ils nous aident à aimer et ajoutent vraiment à notre bonheur. Et accepter de ne pas toujours être « à la page » !

 

Vivre le contentement, est-ce forcément vivre avec le moins possible ? 

L’apôtre Paul dit qu’il a appris à être satisfait dans l’abondance comme dans le besoin. L’abondance n’est pas mauvaise en soi. Vivre avec moins peut-être une nécessité que la vie nous impose, ou une décision motivée par l’amour pour Dieu et pour notre prochain ; par responsabilité envers la planète, par égard pour nos frères et sœurs humains ou pour libérer notre cœur afin de le tourner vers Dieu et les autres. Tout cela a du sens. Mais il n’y a pas de mérite à se priver pour se priver.  

 

Quel est le lien entre contentement et générosité ? 

Le contentement nous libère pour être plus généreux de nos biens. Le contentement, c’est aussi trouver plus de satisfaction au bien que l’on fait à l’autre qu’à ce que l’on utilise pour soi. Paul cite dans les Actes une parole de Jésus : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir ». Combien elle est vraie et pertinente ! 

 

Propos recueillis par Sandrine Roulet
Article paru dans le magazine 2023 de StopPauvreté “Vivre pleinement avec moins”. Vous pouvez le commander gratuitement ici.

 

 

 

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