Ne laissons pas les efforts de paix aux mains des puissants

Les puissants ne peuvent pas instaurer la paix par la force. Mais nous, à notre échelle, pouvons la construire chaque jour en transformant nos épées en socs de charrue — une vision biblique vieille de 3000 ans qui reste étonnamment actuelle.

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Avancer vers la paix
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20 mai 2026
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Aspirer à la paix

Je crois que tout le monde aspire à la paix. Même les gens qui veulent tirer profit des conflits ou de la guerre souhaitent tout de même la paix pour eux-mêmes et leur entourage. Je crois même que les puissants de ce monde aspirent eux aussi à la paix, bien qu’ils ordonnent sur le même souffle une attaque militaire ou adoptent des décisions qui mènent au conflit. Ce qui nous distingue, c’est la manière dont nous imaginons que la paix peut être établie. Je ne crois pas que la paix puisse être obtenue par la violence et la force. D’expérience, la force et la violence ne font qu’engendrer la volonté de riposter et l’escalade de la violence. On ne peut pas instaurer une paix durable par la force des armes !

Selon moi, le problème vient du fait que les puissants de ce monde n’ont pas de véritables alternatives à la force et à la violence pour instaurer la paix. Ils doivent prouver qu’ils sont puissants, qu’ils peuvent s’imposer et faire valoir leurs intérêts. Ils doivent pouvoir justifier leurs dépenses militaires colossales, qu’elles servent à la dissuasion ou à l’attaque. Même tous les efforts sérieux en faveur de la paix, qui existent certainement parmi les puissants, visent à préserver leurs propres intérêts (économiques et politiques). C’est d’ailleurs pour cela que les dirigeants ont été élus. En fin de compte, les puissants ne disposent pas d’une véritable solution pour établir la paix. Nous ne devons donc pas nous attendre à ce que la paix puisse être instaurée par les puissants, les semi-puissants ou ceux qui aspirent au pouvoir.

Une image qui nous tire en avant

Nous avons besoin d’autres approches qui ne soient pas dictées d’en haut. Dans la Bible, chez Michée et Ésaïe, nous trouvons une vision idéale de la paix : « Avec leurs épées ils forgeront des socs de charrue, et avec leurs lances ils feront des faucilles. On ne lèvera plus l’épée un pays contre l’autre, on ne s’exercera plus à la guerre. » (Ésaïe 2.4 et Michée 4.3, NFC). C’est-à-dire : comme on ne sait plus comment faire la guerre, les épées et les lances sont devenues inutiles, de sorte qu’on peut les utiliser pour l’agriculture. Ce serait là une belle alternative à la promotion de la paix ! Transformer des épées en socs de charrue, et des lances en faucilles. Les armes de guerre ne sont pas seulement détruites, mais carrément recyclées. Une image puissante !

Le texte date du IXe siècle avant Jésus-Christ. C’est l’époque où le royaume du Nord (le royaume d’Israël) a été conquis par les Assyriens. La menace militaire des Assyriens, mais aussi de l’Égypte, était omniprésente. Au cœur de cette période de danger et de violence, les prophètes Michée et Isaïe manifestent cette image de paix. C’est pour moi un détail important : une telle image de paix a sa place au cœur même du conflit, de l’affrontement, de la dispute, de la terreur, de l’effusion de sang. Le monde n’a donc pas besoin de devenir d’abord plus paisible ou plus sain pour que nous puissions nous accrocher à une telle vision. Mais cela signifie aussi que cette vision est toujours en tension avec la réalité. C’est précisément parce que la réalité glorifie tant la violence qu’il est sensé de s’accrocher à cette vision. C’est précisément dans les moments sombres qu’il faut allumer une lumière. Nous pouvons le constater très clairement dans l’ancienne RDA : lorsque la répression était forte, les gens se sont appuyés sur cette vision des « épées en socs de charrue ». Lorsque la tyrannie a pris fin, les écussons portant cette image ont été retirés.

Il est essentiel de reconnaître que cette image, qui a près de 3000 ans, n’a pas été énoncée en raison de la réalité, mais contre la réalité. Cette image ne trouve pas son origine dans la réalité, mais en Dieu. C’est parce que Dieu le dit, ou le fait dire, qu’existe cette idée que les épées seront transformées en socs de charrue et les lances en faucilles. Dieu oppose délibérément cette image à la réalité afin que celle-ci ne soit pas la seule à déterminer nos actions. En faisant de cette image notre propre image, le désir qui en découle grandit en nous et nous commençons à y aspirer. À l’instar d’un sculpteur, nous portons en nous l’image de l’œuvre d’art telle qu’elle sera à la fin. Faisons donc de l’image des « épées en socs de charrue » notre propre image !

Une vision qui devient réalité

Il est toutefois très difficile de s’accrocher à une vision pacifique dans un environnement qui ne l’est pas. Ce n’est pas facile, à une époque où l’on renforce l’armement, de défendre une telle conception de la paix. Ce n’est pas facile, dans une société où les discours de haine et la xénophobie sont devenus monnaie courante, de penser, de parler et d’agir autrement. Ce n’est pas facile de traiter l’environnement avec douceur et respect lorsque cela implique des restrictions dans le niveau de vie ou des dépenses financières plus élevées. On est constamment déçu et on nous rappelle que le monde est tout autre. L’idéal de « transformer les épées en socs de charrue » est-il donc faux ? Illusoire ? Inutile ? Je ne le crois pas ! Dans le Sermon sur la montagne, Jésus m’enseigne comment cette vision de paix peut devenir réalité. Mais pas d’en haut et de l’extérieur, par les puissants, mais d’en bas et de l’intérieur, en commençant par moi-même.

Jésus enseigne que nous pouvons vivre dans le Royaume de paix de Dieu. Et dans le Sermon sur la montagne, il montre à quoi cela peut ressembler : Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre joue. Si quelqu’un veut te faire un procès pour te prendre ta chemise, laisse-lui aussi ton manteau. Si quelqu’un t’oblige à faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. À celui qui te demande, donne ; et ne te détourne pas de celui qui veut t’emprunter de l’argent… Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. (Matthieu 5.39 et suivants). C’est important pour moi que nous comprenions ces paroles comme une promesse (cela t’est possible) et non comme une condition pour le royaume de paix (ce n’est que si tu remplis ces conditions que tu peux faire partie du Royaume de paix). Par la force et l’Esprit de Dieu, c’est possible de ne pas rendre la pareille. C’est possible de ne pas répondre sur le même ton insultant que celui utilisé dans l’e-mail qui vient d’arriver. C’est possible d’endosser une faute, même si on ne l’a pas commise. C’est possible de faire un pas vers la réconciliation envers son conjoint, ses enfants, ses parents, ses collègues de travail ou ses voisins, même si on ne peut pas s’attendre à une réaction en retour. C’est possible de ne pas faire de ses propres intérêts la norme pour tous, mais de tendre la main en signe de réconciliation, car la paix est plus importante que ses propres intérêts. C’est possible de préserver la Création, même si c’est bien plus simple, moins coûteux et plus pratique de ne pas en tenir compte. C’est possible…

Cela semble un peu irréaliste. Je l’admets. Mais telles sont les images de la paix. Elles ne partent pas de la réalité, mais de Dieu. Et c’est aussi Dieu qui nous donne la force d’oser de temps à autre un pas. Ce n’est pas facile. Mais il en va de même pour la transformation des épées en socs de charrue. Cela demande de la force et de l’endurance. Et Dieu met ces deux choses à notre disposition par son Royaume.

Nous n’avons donc pas besoin de compter uniquement sur nos propres forces, mais pouvons aussi compter sur la force de Dieu qui nous soutient dans cette démarche.

Ce que les puissants de ce monde ne parviennent pas à faire peut néanmoins devenir réalité dans nos vies : la paix devient une réalité tangible.

 


Auteur : Markus Bach-Hochuli est pasteur de l’église méthodiste de Winterthur

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