L’augmentation des budgets de défense est un prélude à la guerre, et non à la paix

Si vis pacem, para bellum (« Si tu veux la paix, prépare la guerre »). Cet adage latin bien connu reflète la sagesse populaire qui voit dans la préparation à la guerre la meilleure solution pour garantir la paix. La logique est la suivante : si la guerre menace, il faut armer la population pour la préparer à répondre au conflit, ce qui lui permettra de protéger les faibles et donc d’apporter ou de maintenir la sécurité pour tous. Cette logique pousse de nombreuses nations à augmenter massivement leurs budgets militaires.

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Si vis pacem para bellum
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23 février 2026
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Politique

Les tambours qui battent la course à l’armement sont assourdissants et ne cessent de s’amplifier. En Suisse, cette tendance est désormais une réalité politique : fin 2024, le Parlement a décidé d’augmenter les dépenses militaires de 4 milliards de francs entre 2025 et 2028, visant un budget correspondant à 1 % du PIB d’ici 2032.[1]

Nous voulons toutes et tous un monde plus sûr, mais où réside la véritable sécurité ? En réalité, un monde plus sûr pour toutes et tous nécessite des investissements dans la sécurité humaine, par le biais de la santé, de l’éducation et de l’aide humanitaire.

Sous Donald Trump et Elon Musk, l’USAID a été démantelée du jour au lendemain en février 2025. En réponse aux appels de l’administration Trump à augmenter les dépenses de la défense, la plupart des pays européens ont suivi le mouvement et réduit leur aide publique au développement pour augmenter leur défense. Ainsi, la Grande-Bretagne a réduit son budget d’aide de 40 %.[2] En France, cinq coupes consécutives sur deux ans ont vu les budgets réduits de 58 %.[3] En Allemagne, le deuxième plus grand soutien des pays émergents après les États-Unis, le budget de l’aide a été réduit de 53 % entre 2024 et 2025.[4] Et en Suisse, des coupes importantes dans la coopération internationale ont été approuvées : 110 millions de francs pour 2025 et 321 millions pour la période 2026-2028.

Le coût humain de l’illusion militaire

C’est une réduction draconienne, alors que les besoins mondiaux explosent, avec plus de 123 millions de personnes déplacées et 673 millions souffrant de la faim. Une étude publiée dans The Lancet estime que ces mesures vont coûter la vie à 22,6 millions de personnes d’ici 2030, dont 5,4 millions d’enfants de moins de 5 ans.[5] Ce sont 22 millions de morts supplémentaires, évitables ! Alors que les budgets de la défense augmentent et que les armes s’accumulent dans les stocks sans être utilisées, l’aide humanitaire a un impact immédiat et salvateur.

L’augmentation des budgets de défense est souvent un prélude à la guerre, et non à la paix. Le général James Mattis, ancien secrétaire à la Défense aux États-Unis, avait averti en 2013 que si la diplomatie et l’aide étaient réduites, « alors je devrais acheter plus de munitions ».[6] En effet, la sécurité réelle nécessite plus que la seule puissance militaire : elle nécessite la stabilité, la confiance et des partenariats fiables.

Les conséquences des coupes budgétaires

Tim Costello, directeur de Micah Australia, a visité il y a quelques mois la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie. Il y a rendu visite à d’innombrables réfugié·es, victimes des bombardements aériens impitoyables menés par la junte contre ses propres civils à l’aide de bombes russes et biélorusses. L’armée a mené un coup d’État le 1er février 2021 après la réélection massive d’Aung San Suu Kyi en 2020 à la tête du gouvernement. Des centaines de milliers de personnes ont démissionné de leurs fonctions gouvernementales pour rejoindre la résistance, et beaucoup ont fui.

Les organisations de la société civile ont été mises sur liste noire et nombre de leurs dirigeant·es ont été emprisonné·es. Aujourd’hui, 3,5 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays et 22 millions de Birman·es ont désespérément besoin d’aide humanitaire, car les systèmes sanitaires et sociaux se sont effondrés.

Avec la cessation de l’USAID, même l’aide sanitaire limitée qui parvenait aux communautés vulnérables, notamment les vaccins et les traitements contre la tuberculose, le paludisme et le VIH, s’est tarie. C’était l’USAID qui nourrissait les réfugiés karens dans les neuf camps situés à la frontière thaïlandaise. À compter du 31 juillet 2025, les neuf camps de réfugié·es seront fermés, laissant 108’000 réfugié·es sans moyen de se nourrir et sans droit de travailler en Thaïlande. Le Thai Border Consortium, dirigé par un Australien, n’a pas réussi à combler le vide laissé par l’USAID, car les pays donateurs européens et britanniques ont également réduit leur aide. Il s’agit d’une catastrophe humanitaire totale.

Les décisions prises par les pays donateurs en matière de dépenses de défense ont actuellement des conséquences humanitaires désastreuses. Privilégier des considérations budgétaires à court terme au détriment du mandat constitutionnel de lutte contre la pauvreté a des conséquences graves pour les populations les plus démunies de la planète.

Vers la vraie sécurité

La véritable sécurité requiert de la stabilité, de la confiance et des partenariats fiables. Investir dans la santé, l’éducation et le soutien humanitaire n’est pas seulement un acte de charité, c’est un investissement vital pour un monde plus sûr. Plutôt que d’opposer sécurité militaire et coopération internationale, la Suisse devrait suivre sa tradition humanitaire en investissant dans une compréhension globale de la sécurité qui inclut la lutte contre la pauvreté et la protection du climat.

Face à l’augmentation mondiale des budgets militaires et aux coupes drastiques qui menacent la coopération internationale, l’appel biblique à la générosité devient un acte de justice prophétique. Fidèles à l’invitation de Michée 6.8 à « pratiquer la justice et aimer la miséricorde », les Églises sont appelées à transformer concrètement les « épées en socs de charrue » en investissant dans la vie plutôt que dans l’armement. StopPauvreté appelle les Églises et les chrétien·nes à réexaminer leurs habitudes de dons pour soutenir la coopération internationale. Un geste clair, pour montrer le refus de la violence comme solution et choisir d’investir dans une paix durable et une création florissante.

 


 

Auteur·es : Salomé Richir-Haldemann, coordinatrice de StopPauvreté, avec la contribution de Tim Costello, directeur de Micah Australia et auteur de l’article « OP-ED : Bigger Defence Budgets Are More Often a Prelude to War, Not Peace ».[7] Cette contribution a été reprise avec l’autorisation de l’auteur.

Illustration de couverture : Relief à l’entrée du Centre culturel des armées de Madrid. Photo de Luis García, via Wikimedia Commons.

 


 

Notes :

[1] Kristina Lanz, « Une politique des hommes forts au détriment des plus faibles », Alliance Sud, https://www.alliancesud.ch/fr/rearmement-au-lieu-de-developpement-politique-au-detriment-des-plus-faibles

[2] « UK Aid Cuts Now Deeper than the US After Congress Pushes Back », Center For Global Development, consulté le 20 février 2026, https://www.cgdev.org/blog/uk-aid-cuts-now-deeper-us-after-congress-pushes-back.

[3] « Budget 2026 : le gouvernement frappe encore, la solidarité internationale à l’agonie », Coordination SUD, s. d., consulté le 19 février 2026, https://www.coordinationsud.org/communique-de-presse/budget-2026-le-gouvernement-frappe-encore-la-solidarite-internationale-a-lagonie/.

[4] Jesse Chase-Lubitz, « Germany Overhauls Foreign Office amid Major Humanitarian Budget Cuts », Devex, 5 décembre 2025, https://www.devex.com/news/sponsored/germany-overhauls-foreign-office-amid-major-humanitarian-budget-cuts-111491.

[5] Andrea Ferreira Da Silva et al., « Impact of Two Decades of Humanitarian and Development Assistance and the Projected Mortality Consequences of Current Defunding to 2030: Retrospective Evaluation and Forecasting Analysis », The Lancet Global Health, février 2026, S2214109X26000082, https://doi.org/10.1016/S2214-109X(26)00008-2.

[6] « Heed General Mattis’ Warning, D.C.: Less Diplomacy Means ‘More Ammunition’ », consulté le 20 février 2026, https://www.forbes.com/sites/andrewtisch/2025/06/18/heed-general-mattis-warning-dc-less-diplomacy-means-more-ammunition/.

[7] Tim Costello, « OP-ED : Bigger Defence Budgets Are More Often a Prelude to War, Not Peace », Micah Australia, 14 juillet 2025, https://www.micahaustralia.org/news/op-ed-bigger-defence-budgets-are-more-often-a-prelude-to-war-not-peace/.

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