La justice restaurative : un chemin vers la guérison, la redevabilité et de nouveaux horizons

Que se passe-t-il après un crime pour les personnes qui en sont victimes ? Un acte criminel laisse des traces indélébiles, bien au-delà des blessures physiques. Les séquelles sont avant tout émotionnelles, avec des questions lancinantes qui persistent : pourquoi cela m'est-il arrivé ? Pourquoi ai-je été choisi comme victime ? Comment vais-je pouvoir continuer à vivre avec ces traumatismes ? Tandis que le système judiciaire traditionnel se concentre essentiellement sur la détermination de la culpabilité et l'application de sanctions, la justice restaurative propose une approche radicalement différente. Elle crée des espaces de dialogue où les victimes, les auteurs et les personnes impliquées peuvent se rencontrer. L'objectif n'est plus de simplement attribuer une faute, mais de permettre la guérison, d'encourager la prise de responsabilité et d'ouvrir de nouvelles perspectives de reconstruction personnelle et collective.

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RJ 2
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8 janvier 2026
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Entre jugement et incertitude

Quiconque est victime d’un délit a l’impression que le sol se dérobe sous ses pieds. Il y a d’abord le choc, puis la procédure judiciaire avec tous ses dossiers, ses délais et ses articles de loi. Et enfin le moment où le tribunal rend son jugement. Pour le système, cela signifie que beaucoup de choses sont réglées. Pour les personnes concernées, cependant, la partie difficile ne fait souvent que commencer. En effet, un jugement répond rarement aux questions qui nous empêchent de dormir la nuit : pourquoi ai-je été victime de cet acte ? Qu’est-ce qui a motivé l’auteur ou l’auteure de cet acte ? Et comment continuer à vivre une vie qui, depuis ce jour, semble différente ? De nombreuses personnes concernées racontent qu’elles se sentent dans le système judiciaire comme des spectatrices et spectateurs de leur propre expérience. C’est précisément là qu’intervient la justice restaurative, avec la prise de conscience qu’une personne a besoin de bien plus qu’une simple note dans un dossier pour se retrouver et reprendre le cours de sa vie.

Un autre regard sur la justice

La justice restaurative ne signifie pas abolir les peines ou minimiser la gravité d’un acte. Elle signifie élargir la justice. La question centrale n’est plus seulement de savoir quelle loi a été enfreinte, mais quelles personnes ont été lésées – et ce dont elles ont besoin pour pouvoir aller de l’avant. Il en résulte une toute nouvelle approche : on s’éloigne de l’acte en tant qu’infraction abstraite à la loi pour se concentrer sur l’acte en tant qu’événement qui bouleverse la vie de personnes réelles. La justice restaurative considère le crime comme une perturbation des relations. Et les sanctions ne peuvent pas réparer les relations. Pour cela, il faut des rencontres, de la compréhension, de la clarification.

Comment fonctionne la justice réparatrice : quand les gens se parlent à nouveau

Le principe fondamental de la justice réparatrice est étonnamment simple, mais en même temps profondément difficile : les gens se rencontrent à nouveau. Parfois face à face, parfois par le biais d’une lettre ou d’une vidéo, parfois par l’intermédiaire d’une personne de confiance qui parle en leur nom. C’est souvent la première fois que les victimes peuvent exprimer ce que l’acte leur a fait vivre. C’est souvent la première fois que les auteurs voient les conséquences de leurs actes non pas de manière théorique, mais dans le regard d’une personne à qui ils ont fait du mal. Beaucoup racontent plus tard que ce moment a été un tournant : pour les uns, parce que quelqu’un les a enfin écoutés ; pour les autres, parce qu’ils ont pris conscience pour la première fois de ce qu’ils avaient fait.

Un tel processus ne se fait jamais tout seul. Il est soigneusement préparé, parfois pendant des semaines ou des mois. Les médiateurs clarifient les attentes, parlent des craintes, stabilisent, encouragent et créent une atmosphère propice à la rencontre. Même si, au final, la rencontre n’a jamais lieu, de nombreuses victimes trouvent cette période de préparation salutaire. Enfin, il existe un espace où ce n’est pas l’acte qui compte, mais la personne. Un espace où l’on peut mettre de l’ordre dans ce qui a été bouleversé et trouver les mots pour exprimer ce qui a laissé sans voix pendant longtemps.

Guérison pour les victimes – responsabilité pour les auteurs

Les victimes rapportent souvent qu’elles n’avaient guère leur place dans le système judiciaire. Leurs sentiments étaient considérés comme non pertinents, leurs questions comme juridiquement inutiles. La justice restaurative renverse cette perspective. Elle leur donne la possibilité non seulement de raconter leur histoire, mais aussi d’être entendues. Beaucoup disent plus tard : « Pour la première fois, j’ai eu le sentiment que quelqu’un comprenait ce que cet acte signifiait pour ma vie. » Pour les auteurs, en revanche, la justice restaurative peut être un moment clé. Ils voient ce que leur acte a causé – non pas sous forme de chiffres dans des statistiques, mais sous forme d’êtres humains devant eux. Cette prise de conscience suscite souvent un véritable repentir et la volonté d’assumer ses responsabilités. Beaucoup prennent alors la décision intérieure de ne plus jamais faire de mal à quelqu’un. La recherche et l’expérience montrent que ce processus a le potentiel de réduire la récidive, non pas parce que les auteurs sont punis, mais parce qu’ils sont transformés.

Utilisation pour les délits mineurs et graves

Et non, la justice restaurative ne fonctionne pas seulement pour les délits mineurs. Même les personnes qui ont été victimes d’infractions graves rapportent à quel point il était important pour elles d’obtenir des réponses, de comprendre le contexte ou simplement de pouvoir dire : « C’était mal, et cela m’a blessé. » Ce n’est pas la gravité de l’infraction qui détermine si la justice restaurative est possible. Ce qui est déterminant, c’est la volonté de rencontre – et un cadre accompagné par des professionnels qui crée un sentiment de sécurité.

Une justice qui va au-delà du jugement

La justice restaurative ne remplace pas le système pénal, mais le complète en allant plus loin. Elle rétablit quelque chose qui est souvent perdu dans le processus judiciaire : l’humanité, la voix des victimes, la possibilité pour les auteurs de prendre leurs responsabilités. Elle donne à la société la possibilité non seulement de punir la criminalité, mais aussi de la prévenir. En fin de compte, il s’agit d’une forme de justice qui ne s’arrête pas à la question de savoir ce qu’une personne a fait, mais qui va plus loin : Que faut-il maintenant pour que la vie puisse reprendre son cours ? La justice restaurative ouvre des portes que le système classique ne connaît pas : celles de la rencontre, de la compréhension et de la guérison. Elle replace l’être humain au centre et boucle la boucle là où commence la justice : en écoutant, en comprenant et en espérant que le changement est possible.


 

Werner Burkhard : directeur à la retraite d’un établissement pénitentiaire, membre du conseil d’administration du « Swiss RJ Forum », praticien de la justice restaurative.

 

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