Eau sale : un fléau mondial

Plus que la quantité d’eau disponible, c’est la qualité de cette dernière qui pose le plus souvent problème. Les raisons sont multiples : manque d’infrastructures d’assainissement ou conséquences des activités d’entreprises. Avec des retombées dramatiques sur la santé des habitants. 

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Eau sale : un fléau mondial
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22 juin 2022
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Les conséquences d’un manque d’accès à l’eau propre fait partie des premières causes de mortalité au monde. En effet, si la question de la quantité d’eau disponible à l’échelle mondiale n’est pas à ignorer, le problème d’accès à la ressource serait davantage qualitatif que quantitatif, selon Laurent Baechler, docteur en économie, et auteur de l’ouvrage « L’accès à l’eau, Enjeu majeur du développement durable ».

« La pollution de l’eau est un problème clé de la gestion de la ressource. Celle-ci est souvent défectueuse par défaut de systèmes de collecte et de purification des eaux usées »,

poursuit-il. L’OMS estime que 4,2 milliards d’humains n’ont pas accès à un système d’assainissement adéquat et par conséquent, deux milliards boivent de l’eau contaminée par des matières fécales humaines.  

Eau sale et malnutrition

Conscientes des impacts d’une eau de mauvaise qualité sur la santé, et par extension sur la pauvreté, d’une population, un grand nombre d’ONGs s’engage pour fournir aux communautés les plus démunies un accès à une eau potable, avec la construction de puits, et à des installations sanitaires, telles que toilettes ou dispositifs de lavage des mains. Tout cela dans le but de réduire les conséquences des maladies infectieuses, et potentiellement mortelles, transmises par le biais d’une eau sale. A titre d’exemple, l’ONG Morija avait effectué une enquête, dans le cadre d’un projet mené au Burkina Faso, qui démontrait le lien étroit entre la malnutrition infantile et l’accès à l’eau potable.

« Une eau souillée a un impact considérable sur le développement des enfants, qui contractent, par exemple, des maladies diarrhéiques dès leur passage à la nourriture solide, ce qui les conduit à un état de malnutrition »,

explique le responsable du projet Benjamin Gasse.   

La détérioration de la qualité de l’eau concerne le monde entier, notamment en raison de l’utilisation d’engrais et de pesticides dans le milieu agricole. Faute d’infrastructures adaptées, ce sont les pays pauvres qui en pâtissent le plus, « incapables de fournir les efforts d’investissement pour assurer la disponibilité d’une eau propre». 

Quand les entreprises s’en mêlent

Mais il n’y a pas que la contamination organique. La pollution de l’eau est aussi le fait d’entreprises étrangères implantée, en particulier quand elles sont installées dans les pays les plus pauvres. Cheffe d’équipe en charge de la responsabilité des entreprises et des droits humains chez Pain pour le prochain, Chantal Peyer a passé de nombreuses années à enquêter sur les conséquences de l’industrie minière au Congo.

« Ces vingt dernières années, nous avons assisté dans ce pays à une multiplication d’implantations d’entreprises étrangères. Ces dernières appliquent deux poids deux mesures, selon qu’elles exploitent dans des pays industrialisés ou dans des pays en développement.» 

Les conséquences sont dramatiques pour les habitants de ces régions.

« Nous avons observé une augmentation des naissances d’enfants malformés, liées à la présence de métaux lourds dans les eaux. Les villageois creusent des puits dans leur jardin pour accéder à la nappe phréatique, mais il arrive que l’eau extraite soit pratiquement rouge tant elle est polluée. » 

C’est pourquoi Chantal Peyer est très engagée dans l’initiative pour des multinationales responsables, sur laquelle les Suisses seront appelés à voter en novembre 2021. «Il est de la responsabilité des entreprises d’effectuer des études d’impact avant de s’implanter. Elles doivent mettre en place des mesures pour ne pas polluer l’eau, et si elles exploitent tellement d’eau qu’il n’en reste plus pour les habitants, elle doit mettre en place des infrastructures car l’eau est un besoin vital.» Dans les faits, elle constate qu’une majorité d’entreprises minimisent la pollution, même dans le cas incroyable « où les champs étaient blancs, les grenouilles et les arbres morts.»  

Une solidarité indispensable

La solidarité internationale est indispensable pour combattre le fléau de la pollution de l’eau.

« Le problème est qu’il est très difficile pour les populations locales de faire quelque chose, tout d’abord par manque d’accès à l’information. Elles n’ont aucun moyen d’accéder à des analyses indépendantes. En l’absence de laboratoires pouvant effectuer des tests, c’est la société responsable de la pollution qui les effectue et les envoie au gouvernement.  Si l’entreprise ne veut rien entendre, la population doit se mobiliser, s’organiser et obtenir le soutien d’ONGs pour démontrer la pollution effective de l’eau. Tout cela rend la défense de leurs droits et intérêts difficile. » 

 

Joëlle Misson  

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